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Par Sinatou SAKA le 01/04/2015 à 01:02 Voir l'article

Les Rendez-vous de l'OIF-Docteur Denis Mukwege

Les Rendez-vous de l’OIF-Docteur Denis Mukwege

Je ne peux pas me taire. Je dois faire savoir. C’est la réaction que j’ai eu après avoir assisté ce soir à la projection privée du film de Thierry Michel, l’homme qui répare les femmes. Certes, nouveau travail, nouvelle maison, nouvelle vie oblige, j’ai délaissé mon blog ces derniers mois. Mais cette soirée bouleversante nécessite que je reprenne ma plume. C’est de ma responsabilité de femme tout simplement.

Mardi 31 mars, je suis invitée par l’OIF à suivre en comité très restreint, au cinéma des Champs Élysées de Paris,   le film sur ce médecin congolais emblématique: le docteur Denis Mukwege. Thierry Michel consacre un documentaire à ce docteur qui soigne des jeunes femmes violées dans le nord-Kivu. La secretaire générale de l’OIF, Michaëlle Jean, est présente et le docteur assiste en personne à cette « avant-première » en France.

J’ai des à priori sur ce film dont j’ai peur qu’il véhicule encore une image désastreuse de l’Afrique.

Dix minutes plus tard, après les mots de bienvenues des illustres invités, la première séquence me choque: c’est une petite fille de neuf ans environ qui s’inquiète de ce que ses bourreaux ont détruit à l’intérieur de son corps, s’inquiète d’avoir le virus du sida et souhaite que ses violeurs ressentent sa douleur. Ce premier témoignage me bouleverse et mon état d’esprit n’est plus le même: l’Afrique fait sans doute des efforts actuellement mais des drames persistent. Des abominations subsistent. Nous ne pouvons plus le nier et surtout, nous ne pouvons pas progresser avec des handicaps aussi troublants et des populations qui ne se sentent plus dignes d’elles –  mêmes.

Tout a commencé avec le génocide au Rwanda. Les populations Hutus se réfugient au Congo. Les populations autochtones leur offrent hospitalité, sécurité et assurance. Quelques années plus tard, les hutus enlèvent leurs femmes et violent leurs enfants. Le massacre commence et les femmes sont emmenées comme esclaves sexuelles dans la forêt. D’autres femmes sont mutilées ou subissent des crimes ignobles. Le gynécologue Denis Mukwege se retrouve devant des organes génitaux déchiquetés par des balles ou des objets tranchants. Les images sont choquantes. Je me refuse de regarder l’écran, tellement je suis bouleversée. Nul n’est épargné par ces exactions, de la petite fille de 2 mois, oui, deux mois, à la jeune femme qui se fait violer par des milices, des rebelles, son époux et son fils, de force, devant toute la famille.

Face à tous ces événements, cet éminent médecin n’en peut plus de faire face aux conséquences d’une guerre entre les soldats rwandais, les réfugiés rwandais, anciens génocidaires hutus, et l’armée régulière qui a trop duré. Il s’inquiète encore plus de la situation lorsqu’il réalise qu’il opère une fille née d’un viol qui s’était faite à son tour violée. Denis Mukwege sort donc de son mutisme et informe le monde de la situation actuelle. Il dénonce le viol comme une arme de guerre et comme une stratégie avérée et efficace pour les belligérants. Sa voix se fait  entendre au niveau des organisations internationales et il reçoit notamment le prix Sakharov à Strasbourg pour son travail auprès de 40.000 femmes dans l’est du Congo.

dr-mukwege-bukavu

Quant aux autorités locales, c’est le silence totale face à ces femmes qui souffrent dans leur chair et dans leur âme. Le viol? un simple fait divers au Congo. Mieux, le Docteur Mukwege a été victime, il y a quelques années, d’une tentative d’assassinat suite à une invitation des Nations Unies pour parler de la situation des femmes dans l’est du Congo. Cette délicate situation obligera le docteur à s’exiler pour revenir sur ses terres suite à une forte demande des femmes de l’est. Les comptes de l’hôpital de Panzi ont par ailleurs été bloqué en janvier 2015. Aujourd’hui, le docteur Mukwege est sous protection très forte des casques bleus de la MONUSCO. Ils lui permettent de se déplacer dans l’Etat du Kivu en toute sérénité pour soigner ses dizaines de femmes. « Je ne pourrais pas vivre ici, si à cause de la peur, je ne pouvais m’occuper de ces femmes qui habitent dans les zones reculées. » dit le docteur dans le film.

Un film qui pointe aussi du doigt les causes économiques de la situation atroce que vivent ces femmes. Ces événements se déroulent dans une zone de non-droit, qui paradoxalement regorge de minerais d’or exploités par les multi-nationales. Les autochtones ne jouissent donc pas des richesses de leur localité. Celles-ci sont pillées par des milices et rebelles qui n’ont peur de rien, s’éternisent sur place, violent femmes et enfants et vendent leur butin sur le marché noir ou à des entreprises commerciales motivés par le profit.

Après? après, rien. Ils ne sont ni poursuivis, ni punis pour leur faute. Pourtant, les victimes sont présentes et peuvent les reconnaître. Vous avez compris, le problème n’est pas simple et l’ensemble représente un système qui impliquent des enjeux très importants.

Mais quels enjeux peuvent être importants au point de laisser des femmes subir de telles atrocités? quels enjeux peuvent autoriser le droit d’arracher un avenir à ces jeunes filles? Je continuerai bien de m’indigner mais comme nous l’avons tous convenu à cette soirée, l’heure n’est plus à l’indignation. Si vous lisez ce papier, vous aussi, vous êtes au courant désormais de la situation dans l’est du Congo. Imaginez qu’un inconnu viole une de vos connaissances, votre sœur ou votre fille, comment réagirez vous? imaginez qu’on lui détruise le vagin au point de susciter chez le médecin des paroles comme « Je n’ai jamais vu ça, on l’a détruite », comment réagirez-vous? pour finir, imaginez ces femmes détruites, rejetées par leur communauté, leur entourage, comment se reconstruire? Alors, pour ce qui me concerne, j’écris pour que vous sachez, mais vous, agissez, parlez en, partagez l’information avec votre entourage. Il faut une mobilisation générale pour que les choses changent. Le film « L’homme qui répare les femmes – la colère d’Hippocrate » n’est pas très diffusée en France malheureusement. Si vous avez une quelconque responsabilité dans ce domaine, diffusez- le dans les salles, sinon, allez le voir s’il sort dans les salles de cinéma. Ce film est aussi un outil d’éducation.

Ce film m’a ébranlé mais m’a conforté aussi. Malgré ce qu’elles subissent, ces femmes restent courageuses et souriantes. Elles vivent, grâce au docteur Mukwege, certaines se reconstruisent et restent debout. Quel bonheur d’entendre cette femme nommée Alphonsine,  qui a subi successivement des opérations génitales suite à des viols  dire « Tant qu’on vit, il y a de l’espoir ».

Il est donc nécessaire pour nous, qui avons de la chance d’être épargné, d’être responsables, tous ensemble. Il faut agir contre l’impunité. L’indifférence est un désastre aujourd’hui pour l’humanité. Je suis certaine que si nous le voulons, les autorités congolaises agiront.

Ce film a été réalisée avec la collaboration très précieuse de la journaliste belge Collette Braeckman.

Je vous invite à lire très attentivement le rapport de l’ONU (tombé dans l’oubli aujourd’hui), dénommée Rapport Mapping sur les crimes en République Démocratique du Congo.


Docteur Denis Mukwege : Au Kivu, le viol… par

 

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