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Par Avenue 229 le 20/04/2015 à 15:12 Voir l'article

Sinatou Saka a annoncé il y a quelques jours la création d’une nouvelle catégorie « Les Béninois qui Font » sur le site. J’ai le plaisir d’animer cette catégorie. Comment ça va se passer? Chaque mois, la même semaine je vous présenterai les profils de deux béninois (que j’ai déjà rencontrés ou que vous me suggérez) actifs dans leurs domaines, idéalement un homme et une femme, pour partager avec nous des informations sur ce qu’ils font, sa valeur ajoutée économique ou sociale, et éventuellement si la mobilité y joue un rôle déterminant. 

Vital Sounouvou

Vital Sounouvou, jeune entrepreneur, 24 ans, Fondateur de Exportunity.com, lauréat YALI 2014 et TEEP 2015, est le premier béninois du mois. J’ai rencontré Vital pour la première fois en 2011, lors du Forum national des jeunes béninois sur les Changements climatiques. Depuis nous sommes restés en contact via les réseaux sociaux, et tout le privilège est pour moi de l’avoir eu pour cette interview.

A.D.: Bonjour Vital,
V.S.: Bonjour Ariel,

A.D.: Vital, nous vous savons un jeune entrepreneur très connu au Bénin et à l’international. Pourriez-vous nous parler de vous et des secteurs dans lesquels vous intervenez ?
V.S.: Merci encore Ariel de nous donner l’opportunité d’intervenir sur votre créneau. Je suis « un entrepreneur très connu », je ne sais pas. Mais « entrepreneur qui travaille beaucoup » ça je sais. Je suis le Fondateur de l’entreprise Exportunity, qui est une plateforme assez inédite, la seule en Afrique qui facilite uniquement le commerce B2B (Business-to-Business, ndlr). Nous avons acheté la même plateforme qu’Alibaba, et nous l’avons adapté pour l’Afrique.

A.D.: Alors, pourquoi avoir choisi précisément le chemin de l’entrepreneuriat pour votre projet professionnel, ou est-ce juste un choix à tout hasard ?
V.S.:  Pour répondre à votre question, je me rappelle d’un des premiers cours que j’ai eus à l’université. Le professeur nous a clairement dit : « Jeunes gens, vous ne trouverez pas d’emploi à votre fin de cycle ». C’était clair. La seule option c’était de devenir entrepreneur. L’entrepreneuriat s’est un peu imposé à moi!

A.D.: (sourire) Quelle est la valeur ajoutée réelle, économique ou sociale, apportée par votre entreprise pour le Bénin et l’Afrique ? Ou la valeur ajoutée potentielle qu’elle puisse apporter ?
V.S.: Vous savez, il est pour un producteur africain littéralement impossible d’accéder à un marché qui puisse lui rapporter des revenus supérieurs à 20 000 Dollars. Les producteurs africains ont de grosses difficultés ; et ayant organisé des foires depuis l’université, j’ai eu la chance d’être en contact avec beaucoup d’entre eux. Et leur besoin était simple. Ils ont besoin d’une personne qui puisse les aider à écouler leurs produits. Ce ne sont pas des gens qui sont bons dans le marketing, ils sont juste de bons producteurs. Exportunity vient effectivement pour résoudre ce problème, et être la plateforme qui leur permet de recevoir des commandes, des crédits de la part des acheteurs. Et du côté des acheteurs aussi. Il y a  aussi beaucoup d’acheteurs en Afrique,le marché est énorme. Donc le problème c’est que les traders africains, les importateurs africains importent de l’extérieur ; alors que la majorité des produits qu’ils importent de l’extérieur sont en général disponibles localement. Et le combat d’Exportunity en réalité, c’est de pouvoir non seulement permettre aux producteurs d’écouler leurs produits, mais aussi aux acheteurs locaux, de comprendre la qualité des produits locaux. Une autre chose importante, c’est que Exportunity a trois systèmes de filtrage pour quiconque va intervenir sur la plateforme en partant des produits jusqu’à la commande. Quand un acheteur passe une commande, nous vérifions d’abord la disponibilité des fonds avant de contacter le producteur. Autre chose toute aussi importante est que nous ne faisons rien en dessous de 40 000 Dollars. Et une dernière chose, c’est que Exportunity est vraiment une initiative qui va permettre à beaucoup de jeunes entrepreneurs de se faire de l’argent par notre système de Traders, parce qu’en réalité, ils pourront être dans notre système, se faire de l’argent sur des transactions qu’ils auront facilitées.

A.D.: Je connais bien ces problèmes de nos producteurs et je vois que votre plateforme vient renforcer les interactions commerciales et la confiance entre producteurs africains et traders. J’imagine aussi, Vital, que créer et développer Exportunity a connu ses difficultés. Comment les avez-vous surmontées ?
V.S.: Il y a un mot que j’ai appris, que je répète tous les jours: Persévérance . Il n’y a que ça en fait. Exportunity c’était mon sujet de soutenance. Cela fait plus de cinq ans que je travaille sur le concept ; ça a d’abord été sous différents noms, j’en suis à la troisième entreprise et c’est cette troisième qui a pris le nom d’Exportunity. C’était un vrai parcours de combattant, et ça l’est toujours. Nous avons beaucoup de chance aujourd’hui, nous avons la chance d’intervenir un peu partout dans le monde mais nous avons investi surtout. Pour le logiciel par exemple, nous avons investi 25 000 Dollars ; et il fallait faire tester le logiciel, ce qui nous a coûté 2 000 Dollars ; ensuite, d’Août à Décembre 2014, nous avons fait du Beta-testing (le Bêta Test est une étape avancée de tests d’un produit IT pour valider son bon fonctionnement, ndlr) qui nous a coûté 20 000 Dollars.

Et actuellement, il faut le dire, les lois au Bénin ne sont pas adaptées à une entreprise qui veut grandir, l’environnement d’investissement au Bénin n’est pas sécurisé. Et nous avons été obligés de changer la localisation de notre entreprise en Ile-Maurice. Donc aujourd’hui, Exportunity est une entreprise de droit Mauricien.

Pour surmonter les obstacles, nous avons d’abord créé une première branche de l’entreprise qui est une entreprise d’organisations d’événementiels, et de connections B2B. Nous avons organisé beaucoup de rencontres B2B pour les autorités de différents pays africains. Nous l’avons fait pour le Gabon, au Bénin, au  Cameroun, au Congo, en Ethiopie, au Kenya et surtout à Dubaï. Nous avons dû nous adapter et choisir d’autres sources de revenus provisoires qui puissent nous permettre de financer le projet. Donc il y a une chose aussi importante à comprendre : ce n’est pas parce qu’on a une idée précise, qu’on ne peut pas faire autre chose pour trouver les fonds pour la financer ; il faut absolument s’adapter et rester compétitif dans la course.

A.D.: Et on le voit bien que les fruits ont porté ! Par exemple, en l’espace d’un an vous avez été lauréat pour deux grandes initiatives favorables au développement de l’Afrique. Je veux citer les initiatives du Président Américain Barak Obama pour les jeunes leaders africains, et de l’Entrepreneur-Philanthrope Tony Elumelu pour l’Entrepreneuriat des Jeunes africains. Que représentent pour vous ces nominations ?
V.S.: Etre sélectionné pour le programme YALI du président OBAMA a été, pour moi principalement, je ne dirai pas un couronnement, ce n’est pas le mot. Il y a Rockefeller qui dit que « Chaque nouvelle opportunité est une nouvelle responsabilité ». Cette sélection m’a donc offerte de nombreuses opportunités qui supposent des responsabilités. Parce que quand des gens vous font confiance et vous félicitent, vous n’avez pas droit à l’erreur. Durant le dernier mois, nous avons fait un toilettage incroyable de nos comptes et de toutes nos procédures. Aujourd’hui, nous sommes une entreprise qui fonctionne et qui se calque sur des procédés des entreprises internationales. Le Programme de Monsieur Tony Elumelu, que j’ai eu la chance de rencontrer à Washington à Septembre, est aussi pour nous une preuve que nous sommes dans la bonne direction. Beaucoup de travail, voilà ce que ça représente.

A.D.: En tout cas le Bénin peut être fier de vous. A vous écouter, on remarque également que vous êtes très mobile sur les continents. Pensez-vous que la mobilité internationale est essentielle aux jeunes pour développer leurs entreprises et projets ?
V.S.: Il y a deux options, soit d’être une entreprise locale ou une entreprise internationale. Pour le type de travail que nous voulons faire et que nous faisons, nous sommes obligés de bouger. Et nous avons la chance de mobiliser les ressources pour. La mobilité est donc essentielle, nous bougeons pour ces jeunes entrepreneurs africains qui n’ont pas la possibilité de bouger. Et nous sommes à l’affût des opportunités pour nos clients. Près de 80 % de notre budget est dédié à la mobilité. Et nous ne regrettons pas ce choix, parce que c’est là que nous construisons notre réputation, c’est là que nous faisons les bons contacts.

A.D.: Un mot de fin ? Pour encourager d’autres jeunes entrepreneurs ?
V.S.: Persévérance. Rêvez grand et Persévérez. Ayez un rêve qui vous effraie et allez tout droit vers ce rêve sans vous arrêtez. Le plus important ce n’est pas la destination, c’est le chemin… C’est le chemin qui vous rend fort et qui fait de la destination ce qu’elle est. Et la destination en réalité n’est pas une destination, parce que c’est juste un répit avant le prochain défi.

J’espère que vous avez eu du plaisir à lire notre échange avec Vital Sounouvou. Personnellement, je retiens essentiellement une chose: ce n’est pas parce qu’on a une idée précise, qu’on ne peut pas faire autre chose pour trouver les fonds pour la financer ; il faut absolument s’adapter et rester compétitif dans la course. Merci Vital, merci à vous lecteurs et abonnés d’Avenue229! Si vous connaissez un béninois actif dans son domaine et qui pourrait partager des informations avec nous sur ce qu’il fait, n’hésitez pas à nous contacter. A mercredi prochain pour le second profil du mois !