Login  
 
0 vote

Par Fraternité Info le 20/05/2015 à 07:01 Voir l'article

Location à Cotonou : « Démarcheurs », interface entre locataires et propriétaires

Face à la forte demande et aux difficultés rencontrées par les locataires pour trouver des maisons à Cotonou, ces derniers sont obligés de faire recours aux agents immobiliers communément appelés « démarcheurs ».

Maisons à louer et/ou à vendre, business, ils sont sur tous les fronts. Mandatés par un propriétaire désireux de vendre ou de louer son bien, ils se chargent de trouver un acquéreur ou locataire. À partir des données recueillies (situation géographique des maisons, coût des charges et impôts, travaux budgétés ou à prévoir), ils établissent un accord avec le client sous la forme d’un mandat de vente ou de location dans lequel est précisé le prix souhaité. Il s’agit des agents immobiliers communément appelés « démarcheurs ». Zogbadjè, un quartier de la commune d’Abomey-Calavi, situé derrière l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) est réputé pour ses logements estudiantins. Alao dit le « chercheur », un des agents immobiliers les plus connus du coin n’a pas de bureau, son lieu de travail se résume à une masure construite en contre-plaqué. Habillé d’un long boubou, il nous gratifie d’un large sourire, laissant voir une denture ébréchée et jaunie par le cola. Il n’aime pas être appelé agent immobilier, ne l’étant d’ailleurs pas. Il préfère le terme ‘’démarcheur’’, intermédiaire très actif entre les propriétaires de maisons et les clients.

Des offres selon vos bourses
Informé de l’objet de notre visite par téléphone à partir de la pancarte de fortune qu’il a installée à l’entrée du quartier, Alao, une fois les civilités échangées, avoue ne pouvoir nous aider à trouver une maison de trois chambres sur étage coûtant entre 70.000 f et 120.000 F Cfa. « Moi, je suis spécialisé dans la location des chambres-salons dont le prix varie entre 10000 et 60000 Fcfa », prévient-il, visiblement embarrassé par notre exigence. Cependant, il nous oriente vers un autre démarcheur du coin avec qui nous avons effectué un périple d’une journée à la recherche d’un appartement. Après des heures de recherches, nous avons pu trouver ce que nous voulions, et il fut récompensé de ses efforts. Pour Kenneth Zannou, locataire rencontré au quartier Bidossessi dans la commune d’Abomey-Calavi, l’aide apportée par les démarcheurs dans la location des chambres à Cotonou est importante. « Les contrats sont rigides car, les propriétaires sont cupides. J’ai eu mon appartement grâce au flair d’un démarcheur qui a contraint le propriétaire à me le concéder à 20.000 Fcfa. J’ai dû payer dix mois de loyer comme garantie, soit une avance de 200.000 F Cfa », affirme-t-il. C’est la preuve que certains démarcheurs sont disposés à alléger la tâche à leurs clients. Outre ces aspects, André, un locataire qui a gardé une bonne image d’un démarcheur qui l’a particulièrement marqué : « Quand j’ai eu mon Bac et je suis arrivé à Cotonou, je ne savais pas comment me trouver une maison qui correspond à mes moyens financiers. Après quelques jours de recherches infructueuses, ayant perdu totalement espoir, j’ai vu sur le chemin du retour une pancarte qui renseignait sur les possibilités de trouver en un laps de temps une chambre qui réponde à mes désirs. Malgré mes appréhensions, j’ai quand même décidé de me fier à l’annonce », indique-t-il. Ainsi, le démarcheur aida André sans rien prendre, outre le montant d’un mois de loyer qui lui est revenu après lui avoir trouvé le type de maison qu’il recherchait. Nonobstant ce cas qui semble être l’exception à la règle chez les démarcheurs, il y en a parmi eux qui dictent leur loi aux locataires, a confié Serge, très remonté suite à la mauvaise expérience qu’il a vécue avec eux. « Les démarcheurs sont réputés pour vous saigner, ils ne se soucient que de leurs intérêts. En plus des frais de visite qui tournent autour de 2.000 F Cfa, le déplacement est à la charge du client et une commission qui varie entre 30 et 50% du prix du loyer est exigée par les démarcheurs quand le logement est pris ou tout simplement, c’est un mois de loyer qui leur est versé. Ceci est de l’escroquerie et personne ne dit rien pour changer la donne », déplore-t-il.

Les agences immobilières à la barre
En ce qui concerne les agences immobilières, seuls les privilégiés peuvent satisfaire leurs conditions. Généralement, ce sont les expatriés qui sont prêts à arracher à prix d’or, des appartements de haut standing qui y ont recours. Gontran, propriétaire depuis une quarantaine d’années déclare : « Dans cette surenchère, agents immobiliers et courtiers sont les plus courtisés. Intermédiaires entre ceux qui sont à la recherche de logements et ceux qui en sont les propriétaires, ils tirent les ficelles du jeu. A l’occasion, ils font monter les enchères. La commission pour les agences immobilières s’élève à 100% du prix du loyer et les propriétaires qui leur confient leurs logements leur payent 6 à 8% de frais de gérance. Les autres charges qui incombent au locataire sont la caution qui est égale au montant du loyer et une avance de six à dix mois (ou plus) de loyer à payer avant l’occupation des lieux », dit-il. Sosthène, un gérant d’une agence de location de maisons à Abomey-Calavi avoue qu’il faut être vraiment dynamique sur le terrain. De plus, confie-t-il, les agences de location sont plus sûres car, d’après sa petite expérience, les particuliers sont souvent déçus par les agents immobiliers à qui ils font aveuglément confiance. Or, conclut-il, « les agents immobiliers sont là juste pour escroquer les clients et ne s’occupent aucunement du bien-être du locataire ».
Dios CHACHA (Coll)