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Par Avenue 229 le 27/08/2015 à 14:45 Voir l'article

Chers lecteurs d’Avenue229.net, vous vous êtes probablement demandés si j’avais renvoyé aux calendes grecques les prochains profils de « Béninois qui Font »… ou si mieux j’avais tout simplement passé l’arme à gauche. A moins que vous ayez aussi oublié « de quoi il s’agit » ?? Soit! L’aventure continue …

Je vous présente en premier profil pour ce mois, Fréjus Thoto, jeune leader associatif, 25 ans, co-fondateur de ACED-Bénin, Centre d’Actions pour l’Environnement et le Développement Durable. Et comme je connais souvent de bonnes têtes – oui, permettez :) -, je connais l’homme pour avoir étudié mes premières années en agro-économie avec lui. Nos organisations ont été partenaires sur une action ponctuelle d’éducation à l’environnement en 2011, et depuis « Il Fait ».

 A.D.: Bonsoir Fréjus, nous vous remercions de nous accorder cet intervalle de temps dans votre agenda. Pourriez-vous vous présentez à nos lecteurs d’Avenue229.net, et dire en quelques mots ce que vous faites ?

F.T.: J’ai un Master en Economie Agricole et je suis co-fondateur du Centre d’Actions pour l’Environnement et le Développement Durable (ACED) où j’occupe le poste de Directeur Exécutif depuis 2010. ACED est une organisation à but non lucratif qui œuvre dans le domaine de la sécurité alimentaire à travers trois programmes que sont Agriculture et sécurité alimentaire ; Changements climatiques et TIC pour l’agriculture. Nous menons nos activités dans les pays d’Afrique de l’Ouest avec une certaine concentration sur le Bénin.

A.D.: Qu’est-ce-qui vous a réellement motivé à travailler sur ce secteur et dans ces domaines en particulier ?

F.T.: Ma motivation vient d’abord de ma volonté à développer mes propres idées et à faire quelque chose qui me passionne. J’ai donc décidé très tôt de consacrer une bonne partie de mon temps à monter une organisation dans laquelle je pourrai fédérer mes idées et apporter une contribution claire à la croissance économique et au développement dans mon pays et dans la sous-région. Les questions liées à la sécurité alimentaire m’ont toujours passionné et ont d’ailleurs orienté mon choix de formation professionnelle vers l’agronomie. C’est pour cela que mon organisation intervient à l’intersection des domaines de la sécurité alimentaire et de l’environnement. L’insécurité alimentaire et la dégradation de l’environnement constituent en réalité des problèmes majeurs pour des pays comme le nôtre où 4 enfants sur 10 souffrent de malnutrition chronique, où la plupart des personnes affectées par l’insécurité alimentaire sont des agriculteurs, où les ressources naturelles sont mises à rudes épreuves compromettant ainsi la survie de certaines communautés. Ce tableau préoccupant, je dirai même étonnant pour un pays comme le Bénin qui dispose des ressources nécessaires pour réduire la pauvreté, motive mon engagement et le travail de mon organisation.

A.D.: Et quelles solutions apporte réellement votre organisation aux populations ? Quelles actions concrètes menez-vous pour améliorer leur situation afin qu’on y observe des changements positifs ?

F.T.: La stratégie d’intervention de ACED a évolué depuis que nous avons démarré nos activités. Nous avons commencé par des appuis ponctuels et significatifs à des communautés vulnérables. Par exemple en 2011, avec l’appui du Japan Water Forum Fund, nous avons construit 2 blocs de latrines pour une communauté rurale de la commune d’Abomey-Calavi qui avait été touchée par les inondations de 2010. Ce fut une intervention très appréciée par les communautés, mais notre évaluation a montré que les interventions ponctuelles à caractère purement social ou humanitaire ne résolvent pas toujours de façon durable les problèmes pour lesquelles elles sont mises en œuvre. ACED s’est donc engagé dans une démarche constructive de solutions durables avec les communautés ; et cela nous a amené à intégrer la recherche participative dans notre stratégie d’intervention. Ainsi, nous collaborons avec des universités comme l’Université d’Abomey-Calavi, l’Université Libre d’Amsterdam ou encore l’Université du Québec à Montréal, afin d’aborder les problèmes avec une vue aussi scientifique que communautaire. Par ailleurs, nous nous efforçons à rechercher un équilibre économique dans nos interventions en associant à la recherche-action des opportunités d’affaires pour les communautés avec qui nous travaillons. Cette approche nous permet d’apporter au-delà des projets, des moyens clairs de mobilisation de revenus à nos cibles. L’une de nos initiatives qui illustre bien cette approche est la valorisation de la jacinthe d’eau, l’une des plantes aquatiques les plus invasives et nocives au monde. Dans cette initiative nous associons la recherche, l’action et le business pour transformer le problème d’invasion de la jacinthe d’eau en opportunité pour les communautés à travers la fabrication de compost et de biogaz. Globalement, en 2014, 432 agriculteurs ont directement bénéficié de nos actions.

A.D.: Le milieu associatif, nous l’imaginons demande beaucoup de ressources pas toujours accessibles. Quelles difficultés rencontrez-vous dans votre quotidien professionnel, et comment les surmontez-vous ?

F.T.: La mobilisation des ressources aussi bien financières que matérielles et humaines fait la différence entre une organisation qui arrive à réaliser sa mission et une autre qui reste à l’étape de l’idée. En ce qui concerne les ressources humaines nous sommes une petite équipe dont les membres sont répartis sur nos différents projets. Nous avons mis en place une stratégie de collaboration avec des institutions déjà établies afin de travailler avec leurs ressources humaines et mutualiser nos efforts pour l’atteinte de notre mission. Sur le plan des ressources financières, ACED est encore à ses débuts avec de maigres financements. Le double défi que nous avons est d’augmenter nos subventions et de mobiliser des revenus afin d’autofinancer notre fonctionnement et renforcer notre autonomie. A cet effet, nous avons élaboré en 2014 un plan stratégique sur 5 ans qui oriente désormais notre action. Ce plan stratégique nous permet désormais d’engager directement des discussions avec des bailleurs de fonds et des partenaires techniques avec qui nous pouvons collaborer pour augmenter nos subventions. Par ailleurs nous travaillons sur une stratégie de mobilisation de ressources hors-subvention car cela est crucial pour notre survie.

A.D.: A juste titre, nous avons fait un tour sur votre site internet. Entre 2009 à 2015, on se rend quand même compte que vous êtes une jeune structure, mais déjà plusieurs partenaires et projets. Qui sont-ils ?

F.T.: Le partenariat est central dans notre stratégie d’intervention. Nous avons développé des collaborations avec des institutions de financement et des organismes techniques qui interviennent dans nos domaines. Nous collaborons avec des partenaires du Sénégal, du Canada, du Ghana, de la Suisse, des Etats-Unis, de la France, des Pays-Bas, etc. Au nombre de nos partenaires, nous pouvons citer les Nations Unies, l’Organisation Néerlandaise pour la Recherche Scientifique, le Fonds Français pour l’Environnement Mondial et bien d’autres. L’un de nos partenariats nous a récemment permis de mobiliser 233 millions FCFA (environ 355.000 euros) pour exécuter un projet sur la résilience des communautés de pêcheurs continentaux au Sud-Bénin. Il serait aussi utile de mentionner que depuis Juillet 2015, l’ ACED dispose du Statut Consultatif Spécial auprès de la Commission Economique et Sociale de l’ONU.

A.D.: Quel rôle attribuez-vous à la mobilité dans le développement de l’organisation ?

F.T.: Le monde d’aujourd’hui demande d’aller au-delà de son pays pour bénéficier des acquis et opportunités des autres et leur faire bénéficier les siens. Par conséquent, mes collègues et moi voyageons dans le cadre des activités de ACED afin de partager nos résultats et de mobiliser des ressources. Je ne dirai pas que la mobilité est vitale pour notre organisation comme elle l’est pour d’autres types d’organisations mais elle apporte une plus-value évidente.

A.D.: Paris, vous le savez, abritera dans quelques mois la COP21, très décisive dans les négociations climatiques. ACED a – t – elle une position en vue de cette rencontre? Ou Comment y porte t-elle sa voix ?

F.T.: En ce qui concerne la question de la Conférence des Parties (COP21), la position de ACED rejoint officiellement la contribution prévue déterminée au niveau national en vue d’aboutir à un nouvel accord climatique universel. A l’ACED, nous restons fermes sur le fait qu’au-delà de ces efforts d’atténuation, les différents acteurs doivent penser l’adaptation aux changements climatiques sur le plan local afin de permettre aux communautés les plus affectées de disposer des moyens nécessaires pour améliorer leur résilience. Cela est d’autant plus pertinent pour des pays comme le Bénin où les secteurs les plus touchés incluent entre autres l’agriculture et les ressources en eau qui sont déterminantes pour la croissance économique et la réduction de la pauvreté.

A.D.: Je suis citoyen béninois. Je veux créer une organisation à but non lucratif pour améliorer la vie de mes concitoyens. Quel est votre conseil pour moi ?

F.T.: Créer une organisation à but non lucratif demande les mêmes ingrédients que lancer une nouvelle idée d’affaires que sont l’innovation, la passion, l’endurance, la persévérance, l’expertise et la foi. D’un autre côté, il faudrait que celui qui s’aventure dans ce domaine ait des capacités avérées de mobilisation de ressources car s’il échoue dans ce domaine, il aura une organisation qui existe mais qui n’arrive pas à réaliser sa mission. La maitrise de l’anglais, la communication, et le partenariat sont aussi des clefs qui permettront à ceux qui lancent des organisations à but non lucratif de mener des actions concrètes et de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Ariel Djomakon